Prologue : Arrivée à Verdure

 Entre les volutes de fumée noire des incendies, une silhouette massive décrivait des cercles dans le ciel. Au loin, des cris résonnaient. Bataille ? Pillage ? Peu importait. Le chaos s’abattait sur la petite ville de Verdure.
 Non loin de là, quatre vagabonds demeuraient figés, témoins impuissants de la catastrophe.
 L’un d’eux, un elfe sorcier, avait péniblement traîné depuis la Haute Forêt un colossal chaudron. En route pour Château-Suif, il avait fait la rencontre de vils gredins, sans doute attirés par le vacarme métallique de sa marmite. Heureusement pour lui, un roublard elfe, fugitif d’Eauprofonde, vola à sa rescousse. Errant à la recherche de butins, il décida d’accompagner le sorcier. Peut-être que des richesses pavaient son chemin…
 Au cours de leur périple, ils rencontrèrent deux autres voyageurs : un paladin massif, à la sombre allure, pistait maladroitement un étrange maître des masques. Percevant une tension, les deux elfes intervinrent, clarifiant la situation. La nuit tombant, alors que les quatre vagabonds échangeaient, vint, au détour d’une conversation, l’idée de camper ensemble jusqu’à la prochaine ville. Chacun pourrait reprendre sa route une fois Verdure atteinte.
 Mais, au lieu d’une charmante petite ville, un paysage de violence se dressa face à eux. Des flammes, des cris et surtout… un immense dragon bleu. Ses hurlements déchiraient le ciel. Il crachait sur le village des salves d’éclairs qui provoquaient des incendies.
 Guidé par son sens du devoir, le paladin s’élança tête baissée vers le danger. Entraînés malgré eux, les trois autres le suivirent. Tandis que le roublard et le maître des masques tentaient de comprendre la situation, une marée de kobolds furieux surgit, assaillant un pauvre groupe de villageois. Le paladin s’interposa vaillamment, encaissant de multiples coups. Mais la faveur de Torm n’était pas avec lui : entravé et subissant de nombreux assauts, il était sur le point de plier. Alors, le sorcier leva le bras, désigna la meute et lança une malédiction affaiblissante. Le maître des masques, témoin de la scène, banda aussitôt son arc, abattant plusieurs ennemis pour soulager son allié.
 Pendant que tous les kobolds se concentraient sur le paladin, le roublard se glissa dans l’ombre. En un éclair, il se jeta sur la créature la plus proche, lui trancha la gorge tout en sectionnant la carotide d’un autre. Profitant de son élan, d’un mouvement rotatif, il projeta ses dagues dans les crânes des derniers ennemis.
 Les vagabonds purent profiter d’un court moment de répit, mais le chaos se déversait encore sur Verdure. Il leur fallait secourir les villageois et, surtout, comprendre la cause de cette catastrophe.

ÉPISODE I : Ouille Aille Aille Ouille !

 « Vite ! » s’était écriée une villageoise armée d’une lance. Elle pointa du doigt le fort au sommet de la colline et, sans plus attendre, s’y précipita avec sa petite famille. Cependant, malgré leur hâte, ils étaient lents. Les trois enfants tétanisés n’avançaient plus et le mari boîtait douloureusement à cause d’une large blessure à son flanc. Les aventuriers s’emparèrent alors de la situation. Le Sorcier bodybuilder usa de ses muscles, portant les enfants dans son chaudron. Le paladin, lui, se signa auprès du villageois blessé, faisant jaillir de ses paumes une lueur terne et tendre qui s’infiltra dans la chair meurtrie de l’homme, refermant ainsi ses plaies. Le roublard prit la place de guide, établissant l’itinéraire le moins dangereux et le plus rapide, tandis que, fermant la marche, le maître des masques servait de sentinelle.

 Dans leur course effrénée, le groupe tenta d’éviter les mercenaires, kobolds et cultistes qui provoquaient ce chaos. Mais la confrontation fut inévitable. Se retrouvant face à un petit groupe de kobolds suivis d’un cultiste, la seule option fut le combat. Le paladin plaqua le cultiste au sol. Le sorcier et le roublard en profitèrent pour se focaliser sur les kobolds. L’un maudissait ses ennemis, tandis que l’autre plongeait ses lames dans leur chair. Usant de ses talents d’anesthésiste, le paladin endormit paisiblement le cultiste dans l’objectif de l’interroger plus tard. Malheureusement, ce plan rencontra un obstacle.

 Tandis que le maître des masques avait repris la tête du groupe, il se confronta à des mercenaires et des kobolds qui portaient fièrement les butins pillés du village. Souhaitant éviter la mêlée, le maître disparut dans l’ombre d’un bâtiment. Comme à son habitude, le paladin se jeta sur le premier ennemi venu, lâchant au passage le cultiste au sol. Le sorcier, remarquant un kobold qui tentait d’incendier une maison, lui jeta une malédiction de guêpe, le condamnant pour le restant de ses jours à subir l’assaut répété des dards et bourdonnements. Repérant un homme qui récupérait un flambeau, le roublard se jeta sur lui et demanda au sorcier d’aider le paladin. Il échangea des coups avec le pyromane, subissant quelques blessures avant de le neutraliser. Alors qu’il s’élançait pour soutenir ses compagnons, un miaulement détourna son attention. Dans les flammes, une silhouette féline, un chaton à la fourrure flamboyante appelait à l’aide. N’écoutant que son cœur, le roublard bondit au milieu des kobolds et des flammes pour secourir la pauvre bête.

 Dans la cohue, le paladin piétina brutalement le crâne du cultiste qu’il avait emporté. Une scène horrible qui ne manqua pas de traumatiser les enfants qui y assistèrent. Le paladin, venant de tuer son seul otage, demanda aux autres membres du groupe d’essayer de faire des prisonniers. Le sorcier, qui parait les coups avec son chaudron, finit par frapper sèchement un mercenaire, lui fendant le crâne. Le maître des masques, lui, surgit des ombres et frappa à la tête un autre adversaire, qui s’effondra et convulsa. Les aventuriers s’échangèrent un regard perplexe : il semblait qu’assommer leurs ennemis se révélait plus létal que d’essayer de les tuer.

 La famille de villageois avait pris de l’avance et le groupe tenta de les rattraper. Arrivant à proximité du fort, ils virent que les portes commençaient à se fermer. Sans attendre, tous se précipitèrent dans l’ouverture avant d’être bloqués à l’extérieur.

 Plusieurs villageois blessés et paniqués s’étaient regroupés ici. Les gardes du fort, visiblement peu formés à leur fonction, tentaient de contenir la panique et d’aider les blessés. Le paladin proposa son aide mais, épuisé par les multiples coups, il ne parvint pas à user de son imposition des mains. Le maître des masques dévoila alors une de ses capacités : celle de copier les pouvoirs d’autrui. Il fit une imposition des mains qui parvint à soigner un villageois, mais, n’étant pas prêt à sacrifier sa propre condition privilégiée pour de pauvres victimes, il ne guérit qu’une poignée de blessés.

 Durant ces instants, le sorcier et le roublard s’en allèrent quérir l’aide du chef des lieux, un certain Côteaunoir. Son allure et sa manière de parler éveillèrent la méfiance du roublard. De plus, il semblait tout ignorer des cultistes et du dragon qui les attaquaient. Il confia néanmoins des informations précieuses aux deux aventuriers, qui s’empressèrent d’aller les répéter à leurs alliés dans le but d’établir un plan.

 Sous le fort, un tunnel secret menait vers la rivière au Sud. Néanmoins, ce tunnel, ancien et non exploité, pouvait être peuplé de quelques dangers. Côteaunoir leur indiqua aussi la présence de soigneurs au temple de Chauntéa. Les aventuriers se mirent en tête de nettoyer le tunnel pour permettre le passage, et de s’en aller secourir les soigneurs du temple.

 Derrière quelques tonneaux, le groupe découvrit une porte que le roublard crocheta. S’enfonçant dans le tunnel sombre, ils durent s’équiper d’une torche. On entendait grouiller des créatures dans les murs du tunnel et, malgré la lumière, le paladin ne vit pas un rat immonde mordre sa jambe. S’apprêtant à écraser la vilaine bête, le sorcier s’interposa, commençant à parler dans un langage curieux et saugrenu aux rats. Après une courte conversation incompréhensible pour les autres membres du groupe, les rats s’écartèrent et le sorcier indiqua qu’ils ne représentaient aucune menace.

 À la sortie du tunnel, le groupe subit une embuscade. Cerné par l’ennemi, le sorcier agita la capuche rouge du cultiste tué accidentellement par le paladin, intimidant ses adversaires. Quelques kobolds s’enfuirent, mais le combat s’engagea tout de même.

 Fatigué par ces nombreux combats, le paladin ne parvint plus à se battre, ne servant plus que d’obstacle à ses adversaires. Le groupe fatiguait, et le roublard, tentant de soutenir le paladin, subit de violentes attaques de kobolds qui le plongèrent dans un état de torpeur. Le maître des masques, tentant de lui porter secours, encaissa plusieurs coups; il lui administra une potion de soin qui referma les blessures les plus graves mais laissa le roublard dans son état léthargique.

 Durant ce temps, le sorcier combattait de toutes ses forces. Lui et son chaudron s’imposaient comme une véritable muraille face à l’ennemi, protégeant ses compagnons. Le paladin, galvanisé par les efforts de son frère d’armes, se releva et massacra ses ennemis, n’en laissant qu’un seul. Le sorcier proposa à ce dernier de se rendre, mais il négocia : soit le groupe le laissait fuir, soit le combat continuait. La seconde option fut choisie et, sèchement, le paladin le trancha en quatre parts égales.

 Grâce à une flasque de liqueur de groseille, le roublard sortit enfin de sa torpeur. Ensemble, le groupe rebroussa chemin pour se reposer un instant et récupérer ses forces.

ÉPISODE II : KESKONFÉ ?

 Le repos fut bref, mais nécessaire. Les aventuriers, toujours mal en point, prirent la direction du temple de Chauntéa. Cette fois-ci, le groupe opta pour une approche furtive. Profitant de la nuit et du chaos ambiant pour se fondre sous les ombres des bois, ils parvinrent à éviter les combats. Le Paladin et le Sorcier, bien trop bruyants du fait de leur armure et chaudron, restèrent en arrière, laissant le Roublard et le Maître des Masques partir en éclaireurs. Escaladant avec finesse un petit mur de briques, ils distinguèrent, à travers l’épaisse fumée des incendies, les silhouettes de kobolds et de mercenaires qui tentaient de forcer l’entrée du temple. Le Maître, tentant de percevoir plus clairement la scène, s’appuya sur une brique fragile qui se fendit, menant à la chute de l’aventurier masqué. Avec lui, s’effondra une partie du mur, qui ne manqua pas d’attirer quelques attentions malveillantes. Très vite, le Roublard saisit son compagnon, s’échappant avec lui vers le Paladin et le Sorcier.

 Une troupe hostile commença alors à parcourir les bois à la recherche des intrus. Pressé par le temps, le groupe, une fois réuni, établit une stratégie… Attirés par un fracas de bois et de métal, de cris et de râles, les kobolds, cultistes et mercenaires progressèrent entre les arbres, prêts à se battre. Ils tombèrent face à un paladin fou, qui frappait les arbres avec son bouclier et criait comme un primate. Soudain, une flèche se logea entre les omoplates d’un mercenaire, tandis qu’au même moment, un cultiste se fit égorger. Sous le choc, les bandits ne purent réagir convenablement et, sous les coups de lame du Paladin et du chaudron du Sorcier, nombre d’entre eux tombèrent. Le reste s’enfuit malgré les tentatives du groupe de les abattre.

 Il fallait agir vite pour secourir les villageois. Bientôt, sans doute, surgiraient d’autres silhouettes belliqueuses. Le Sorcier proposa de se déguiser en cultiste et de prétendre à la chute de la forteresse. Ainsi, les vils gredins s’y précipiteraient ! Sans plus réfléchir, le Roublard s’élança avec cet objectif en tête. Surgissant d’un pas franc devant ses adversaires, il en imita la manière de parler. Il se révéla très convaincant… cependant, les mercenaires, kobolds et autres drakes n’avaient pas pour objectif de se lancer dans un affrontement contre la garde. Ils ne souhaitaient que piller simplement. Le Roublard insista et devint alors suspect aux yeux de tous.

 Pendant ce temps, le Maître des Masques parvint à crocheter la porte arrière du temple de Chauntéa à l’aide du pied viril du Paladin. Ils escortèrent, à travers la fumée, les villageois jusqu’au tunnel pour les mettre à l’abri. L’opération était un succès, mais quelqu’un manquait à l’appel. Lancé dans une course gracile, le Roublard rattrapa ses compagnons… presque nu. Tous l’interrogèrent. Son corps, parsemé d’hématomes et de fines plaies, contait une histoire que détailla le Roublard. Son bluff n’avait pas abouti, alors tous se jetèrent sur lui. Les drakes, dragonides immondes, crachèrent des salves d’acide qui consumèrent l’équipement du Roublard ; en même temps, des dagues et des griffes fendaient l’air en sa direction. Néanmoins, grâce à sa souplesse et sa vivacité, il parvint à éviter le gros des attaques. Il assomma quelques assaillants avant de semer ses poursuivants. La perte de son équipement et ses quelques blessures ne représentaient rien face aux vies des villageois qu’il permit de secourir !

 De retour au fort, les aventuriers purent être guéris par les disciples de Chauntéa. Le Roublard récupéra de l’équipement et Côteaunoir vint alors leur demander de sauver le moulin. Les mercenaires y avaient été aperçus, s’y dirigeant avec des torches. S’ils y mettaient le feu, le village perdrait ses réserves de vivres. Bien qu’hésitant, le groupe se lança à la rescousse du moulin, qu’ils atteignirent sans embûches. Néanmoins, une aura suspecte entourait ce moulin. Quatre mercenaires occupaient l’extérieur, sans intention visible d’y mettre le feu. Le groupe s’interrogea alors : que faire ? S’infiltrer, attaquer, se cacher ? L’assaut fut choisi, mais les mercenaires s’engouffrèrent au sein de la bâtisse. Le Roublard et le Maître des Masques virent par la fenêtre que plusieurs autres mercenaires se cachaient dans le moulin. Une embuscade ! Alors, le groupe s’éloigna et s’interrogea : que faire ? Fallait-il abandonner le moulin, y mettre le feu, fonder une auberge ou une boulangerie ?

 Un quart d’heure plus tard apparurent les renforts envoyés par Côteaunoir. Les aventuriers furent félicités pour avoir « contenu » la situation. À l’aide des gardes, ils purent nettoyer le moulin, non sans le sacrifice d’un jeune garde qui s’interposa entre un carreau et le sorcier : Amlin.

 De retour à la forteresse, rien de bon n’attendait les aventuriers. À l’extérieur des murs retentit un cri rauque, celui d’un humanoïde couvert d’écailles azures, à la tête de dragon. Tenant fièrement sa lance, il regardait le sommet des murs avec un sourire carnassier.

ÉPISODE III : ÉCAILLES CONTRE ÉCAILLES

 Se dressait, au pied de la muraille, une véritable armée de kobolds. Pourtant, un calme lourd régnait au sommet de la colline. On n’entendait que quelques murmures inquiets dans la forteresse et, près de l’homme-dragon, les gémissements étouffés des prisonniers bâillonnés. Une petite famille était suspendue à des poteaux, comme des morceaux de viande sèche.

 Le dracéide prit une longue inspiration avant de crier d’une voix profonde et gutturale : « Voyez ces prisonniers de votre espèce ! Je peux les libérer ! En échange, vous enverrez votre meilleur guerrier. Je l’affronterai seul à seul. Et s’il gagne, je libérerai vos gens… Autrement, ils mourront. Tentez de ruser, ils mourront ! Tentez de négocier, ils mourront ! Vous avez un quart d’heure. »

 L’atmosphère se raidit davantage. Les murmures devinrent des discussions et, alors qu’un jeune garde s’apprêtait à défier le dragon, poussé par ses confrères et par la volonté de sauver sa sœur, le paladin l’arrêta.    Malgré les doutes sur la transparence de cette grosse vipère bleue, les aventuriers estimèrent que le paladin ferait un champion idéal. Néanmoins, le groupe se tenait prêt en cas d’embuscade. Vu l’allure du dragon, peu croyaient vraiment à la victoire du paladin, qu’on pensait surtout servir de chair à canon pour gagner du temps et sauver les otages.

 Le sorcier prépara une potion suspecte pour le paladin, qu’il mélangea à son fond de liqueur de groseille. Le guerrier avala le tout, poussa la porte du fort et se dressa face au dracéide, tonnelet en main. La créature se montra plus grande et plus épaisse que son adversaire, et dégaina une longue lame, elle aussi plus massive que celle du paladin. Les kobolds restèrent en arrière et commencèrent à scander le nom de leur maître. Au sommet de la muraille, à de rares instants, un aventurier encourageait fugitivement le paladin.

 S’engagea alors un violent duel. Fonçant bouclier en avant, le paladin porta le premier coup, brutal, contre les écailles épaisses du dracéide. L’impact fut si fort qu’un sifflement acouphénique envahit le crâne de la créature. Mais au lieu de la rendre vulnérable, l’assaut l’enragea. Sa large lame perça la défense du paladin, entaillant les plaques de son armure et lui tranchant la chair en profondeur. Le choc le repoussa ; la douleur le fit tituber, offrant une ouverture à son adversaire. L’attaque s’abattit lourdement sur le bouclier du guerrier de Torm, qui se fendit sous la pression.

 Les lames s’entrechoquaient et vint un instant où les deux combattants durent reprendre leur souffle. Tous deux blessés, l’issue du combat reposait sur un seul coup. Le paladin et le dracéide s’élancèrent l’un vers l’autre, leurs épées se rencontrant dans un éclat fracassant, leurs armures s’entrechoquant, écailles contre écailles. Bien que le draconide détenait l’avantage de l’allonge, le paladin bénéficiait d’une meilleure efficacité au contact. Il investit toute sa force pour déstabiliser le lézard, se décala sur son flanc faible et, n’ayant pas la place pour frapper à la lame, usa de la garde de son épée, qu’il logea dans la gueule de la bête. La main de Torm, glorieuse, vint fracasser les fines écailles entre l’œil et le museau, propulsant le dragon au sol, inconscient.

 Les kobolds s’agitèrent, bondissant devant le paladin avec leurs lances. Mais aucun n’attaqua : ils rapatrièrent leur chef et libérèrent les prisonniers. Le paladin fit barrage et soigna les blessés ; tous purent regagner l’enceinte du fort.

 Cette victoire ne marqua pas un jour de fête, mais un jour de deuil. Le paladin s’effondra dans une botte de foin pour se reposer tandis que tout le village s’affairait à enterrer ses morts et à récupérer tant bien que mal. Enfin, les aventuriers purent goûter un repos convenable, leurs actions les ayant propulsés au rang de héros.

 Le lendemain, après un repos mérité, Côteaunoir sollicita à nouveau leur aide. Il voulait comprendre et surtout éliminer définitivement la menace. Il demanda aux aventuriers de suivre les traces de l’armée draconique et de trouver leur camp afin d’éclaircir toute cette histoire. Côteaunoir leur promit une récompense.

 Sans plus attendre, le groupe se lança dans une nouvelle besogne. En premier lieu, grâce aux nouveaux pouvoirs du paladin, ils interrogèrent les cadavres de cultistes pour obtenir plus d’informations. Ce culte étrange agissait au nom d’une « Reine Dragon ». Vint alors un plan plus simple et efficace : se déguiser en cultistes et suivre les larges traces laissées par le passage de l’armée draconide.

 Ils atteignirent un paysage plus rocailleux où ils croisèrent un groupe de retardataires. Le Maître des Masques se dissimula dans les ombres au cas où la rencontre tournerait mal. Le roublard brilla par ses talents de manipulateur, se faisant rapidement accepter par les cultistes ; le sorcier s’intégra plus discrètement, bien qu’une légère suspicion pesât sur lui. Quant au paladin… personne, absolument personne ne crut à son déguisement. Son air bourru et une capuche trop petite le desservaient, et il fut relégué à l’écart.

 Le groupe parvint malgré tout, surtout grâce au roublard, à se fondre parmi les cultistes et à les suivre jusqu’au véritable camp plus loin. Cependant, sur la route, toujours suivi de près par le maître des ombres, ils traversèrent un passage étroit, cerné par des roches, lorsque l’un des cultistes siffla.

 Un éboulement se déclencha, séparant le Maître des Masques du reste du groupe. Surgirent alors des lanciers : le discret poursuivant semblait être tombé dans une embuscade.

ÉPISODE IV : DOUBLE FACE

 Une pluie de flèches s’abattit sur le Maître des Masques. Par chance, il parvint à se mettre à couvert derrière une large roche, la même qui avait bien failli l’écraser plus tôt. Néanmoins, au lieu de détaler à toute berzingue ou de riposter, le Maître des Masques eut une idée.

 Il changea de masque et arbora le fier faciès du héros. D’un pas assuré, il surgit de sa cachette, les bras grand ouvert, tel un maître de cérémonie. Il y eut une seconde. Une seconde de confusion qui s’étira dans l’esprit des archers. Une seconde d’hésitation qui s’éclipsa dès que la première flèche fut décochée, puis se planta dans le corps immobile du Maître des Masques. Cet intru ne revêtait pas le même masque… Était ce un autre ? Qu’importe, les archers s’épuisèrent en salves épineuses, poussant alors le Maître des Masques à la retraite.

 Pendant ce temps, les aventuriers feignaient l’indifférence, bien que l’inquiétude au sujet de leur compagnon ne cessât de croître. Leur entrevue avec les archers cultistes - qui paraissaient bien plus disciplinés que leur troupe actuelle - n’améliora pas ce sentiment. Ces derniers les sermonnèrent sur l’importance d’être prudents, ventant avec zèle que la menace avait été gérée : le fuyard, disaient-ils, finirait sans doute vidé de son sang, seul dans le froid sauvage de la montagne. Un portrait donc peu rassurant. Mais la mission primait.

 Le campement des cultistes reposait au creux d’une cuve naturelle, cernée par des pics rocheux. Huttes et tentes s’entassaient au milieu d’un bric-à-brac de matériel sans doute pillé ici et là. L’organisation du camp trahissait une hiérarchisation de l’espace : kobolds avec kobolds, cultistes avec cultistes et chefs avec chefs. S’attendant à une fête victorieuse, la désillusion frappa les aventuriers face à l’humeur morne des troupes qui rangeaient et suivaient les ordres.

 Se réunissant à l’écart, le groupe réfléchit à un plan : empoisonner la soupe du soir avec une potion de destin ? Trop risqué. Saouler tout le monde avec de la bière naine ? Banco ! Le Sorcier et le Paladin se fonderaient dans la masse afin de quérir quelques informations tandis que le Roublard, lui, userait de son verbe - et son alcoolisme - pour provoquer une fête.

 La fête ne débuta jamais. Un supérieur, visiblement aigri, attrapa le Roublard le traînant face au chef des cultistes. Ce dernier dévoila un de ses pouvoirs, réduisant au silence le Roublard qui tentait de protester. Finalement, il termina en geôle, dans une tente dédiée aux prisonniers.

 Le Paladin, qui avait guetté toute la scène, se tenait prêt à agir en cas d’abus de violence. Tentant d’épier ce qui se déroulait dans la tente, il se ravisa. Les insultes et provocations du Roublard lui suffirent à comprendre : tout cela faisait du plan de son compagnon. Il connaissait trop bien ses talents d’évasion et de ruse. Effectivement, trouver le camp n’était pas leur seul objectif, il leur fallait ramener en vie un certain Leocin Erlantar, fait prisonnier ici. Le Paladin avait presque oublié ce détail ; heureusement que le Roublard, lui, gardait la tête froide.

 Le Sorcier, de son côté, multipliait les tâches, se liant presque d’amitié avec les cultistes et obtenant des informations précises : noms, adresses, pointures et goûts musicaux. Bientôt, le camp n’aurait plus de secret pour lui. Ne voyant aucune initiative prise par ses compagnons, il se décida à accomplir sa besogne avec minutie jusqu’à la tombée de la nuit.

 Il se retrouva avec le Paladin sous un ciel nocturne. Ils échangèrent leurs informations et se mirent à penser à une diversion pour aider le Roublard dans l’exécution de son plan ingénieux. Comme un éclair de génie, les deux compagnons furent frappée d’une révélation. Accuser une minorité vulnérable de tous les maux - surtout utilisée comme chair à canon dans la plupart des besognes et recluse au sein du camp dans des habitations délabrées - les Kobolds !

 Le Sorcier avait déjà planté les graines du chaos : une malédiction de dégoût jetait sur un cultiste, attisant la rumeur d’une maladie au sein du camp. De plus, en consommant sa potion de destin, il se vit sa chair se couvrir de plume. Les deux compagnons virent là l’idée parfaite : Les Kobolds seraient à l’origine de la maladie et deviendrait de plus en plus agressif… Le Paladin provoquerait les Kobolds qui s’énerveraient alors sur les cultistes, avec la suspicion de maladie, le reste du camp voudront s’en débarrasser, promettant alors un bain de sang !

 Le silence pesa. Quelques murmures, regards en biais et épaules haussées : tels étaient la réaction de tous. Tout reposait désormais sur le Roublard et son compagnon de cellule.

 Mais alors que la situation semblait se figer, une ombre se détacha des hauteurs rocheuses. Se faufilant, invisible dans l’obscurité, elle avait tout observé : chaque geste, chaque mot. Il était temps pour elle d’entrer en scène.

ÉPISODE V - LES MASQUES TOMBENT

 Au beau milieu de l’agitation qui secouait le camp, entre incendies mystérieux et rumeurs de kobolds malades, il y eut cet instant. Un long moment durant lequel trois silhouettes, dissimulées dans les ombres, restèrent immobiles, la main sur le menton, hantées par une seule question : « Comment on fait ? ».

 Le plan savamment élaboré par le roublard semblait avoir mené ses compagnons droit dans une impasse. Étaient-ils simplement trop obtus pour saisir le génie de leur camarade ? Ou bien le Roublard s’était-il bâti, au fil du temps, l’image factice d’un élégant elfe talentueux ?Impossible. Il devait exister une solution autre que le fatal « On les tue tous », soufflé par un paladin désespéré.

 L’arrivée du maître des masques redonna un semblant d’espoir. Sous l’un de ses nombreux visages, il pouvait devenir presque invisible. Il suffirait de distraire les gardes pour lui ouvrir la voie et permettre à son ombre fugace de libérer la cible. Le paladin parvint subtilement à entailler la toile de la tente, offrant au sorcier l’angle nécessaire pour invoquer l’une de ses malédictions. Aussitôt, les frelons et guêpes quittèrent la dépouille boursouflée du kobold maudit il y a de cela des jours, pour fondre sur l’un des quatre gardes. Pris de panique, celui-ci s’enfuit hors de la tente, se débattant inutilement.

 Hélas, deux gardes demeuraient à l’intérieur, en alerte. La dernière phase du plan se mit alors en marche et tout s’enchaîna. Le Paladin frappa la toile, la rabattant sur les deux hommes, mais deux patrouilleurs l’aperçurent. Il fut assommé et traîné vers la potence. Pendant ce court laps de temps, le Maître des Masques, suivi de près par le Sorcier, s’était glissé dans la tente pour libérer le Roublard, le bon Leocin, ainsi qu’un type bruyant qui alerta la garde en remerciant le maître pour sa libération. Le groupe n’eut pas le temps de fuir : un combat éclata.

 Le Roublard se jeta sur le garde le plus proche et lui trancha la carotide. Le maître, quant à lui, se retrouva cerné par deux geôliers. Il se défendit du mieux qu’il put, mais ses anciennes blessures et les assauts répétés eurent raison de lui. 

 Voyant son compagnon vaciller, le sorcier, jusqu’alors en retrait, entra dans la mêlée et fracassa le crâne d’un des deux gardes. Le dernier fut épargné, le groupe se concentrant sur le corps du maître des masques. Il ne réagissait plus. Sans doute inconscient, peut-être simplement épuisé. Le Sorcier le souleva, et accompagné du Roublard et de Leocin, se lança dans une fuite précipitée.

 Le paladin, de son côté, reprenait à peine connaissance. Les deux guerriers chargés de le mener au chef peinaient à le traîner, ce qui lui permit de les surprendre. Il en étourdit un, se libéra et s’échappa dans le chaos du camp avant de retrouver ses compagnons.

 Leocin refusait de partir maintenant, mais le paladin le souleva sans lui demander son avis et prit la tête de la retraite. Il soignerait le maître des masques une fois en sécurité.

 Mais on les repéra, et ils durent accélérer. Le sorcier se retrouva en queue de groupe, épuisé par son combat et par le poids de son compagnon inanimé. Celui-ci ne bougeait plus du tout. Le sang ruisselait de ses plaies et aucun souffle ne venait troubler son immobilité. Le sorcier comprit. Une part de lui l’accepta, une autre s’y refusa. Et derrière lui, les lances se rapprochaient. 

 Le choix fut atroce. Il abandonna la dépouille du maître des masques.

 Ainsi le groupe s’échappa vers Verdure, guidé par le fameux type bruyant. Ils laissèrent derrière eux le corps du maître des masques, et avec lui, son secret.

 À Verdure, ils purent se reposer et récupérer quelques pièces. L’idée de tout abandonner pour retaper une vieille grange et en faire un bar-tabac traversa brièvement leurs esprits, avant qu’ils ne se ressaisissent : la menace du culte draconique planait toujours.

 Leocin leur demanda alors de l’aide. Tandis qu’il irait transmettre ses informations à un paladin de Torm, Ontar Kruml, le groupe devrait retourner au camp ennemi pour en apprendre davantage. Il leur promit à chacun cent cinquante pièces d’or pour cette mission. Le groupe se prépara alors à reprendre la route, avec deux nouveaux compagnons. 

ÉPISODE VI - AIGLE, CHAMPIGNONS ET CHAUVE-SOURIS

 Un nain Éclaireur et son aigle rejoignirent alors la troupe, remplaçant le regretté Maître des Masques. Il se décida à accompagner le groupe dans sa besogne par reconnaissance, mais aussi pour venger sa ville et sa personne. Cette fois, avec son arc et son oiseau, il en ferait voir de toutes les couleurs au culte draconique.

 L’Éclaireur prit les devants sur la route vers le campement. Le groupe imaginait déjà devoir à nouveau infiltrer les lieux. Mais à leur grande surprise, les aventuriers ne tombèrent que sur un lieu désert. Quelques tentes tenaient encore debout, beaucoup, celles des kobolds, avaient été brûlées et dégageaient d’ailleurs une odeur infecte.

 Inspectant minutieusement les environs, le Paladin tomba tout d’abord sur des inconnus, des rôdeurs dans l’une des tentes encore utilisables. Une idée morbide et graphique lui traversa l’esprit avant qu’il ne se décide finalement à interroger les étrangers.

 Ceux-ci n’avaient rien vu, rien entendu et affichaient ce même air maussade qui agaçait le Paladin. Il les laissa à leur sort et s’en alla rejoindre ses alliés. Ceux-ci n’eurent rien trouvé de plus, il était temps pour le groupe de se rendre dans la mystérieuse caverne.

 Progressant à petits pas, ils subirent néanmoins une embuscade. Malheureusement, les responsables finirent dans un piteux état, les yeux crevés par le volatile de l’Éclaireur et la gorge ouverte par les dagues aiguisées du Roublard.

 La caverne s’avéra plus grande que prévu, avec des obstacles surprenants. Un élevage massif de champignons, dont certains aux reflets violacés, inquiétait les aventuriers. Le Sorcier et l’Éclaireur, guidés par une grande lucidité, empruntèrent un chemin sans danger. Le Paladin, lui, se retrouva interrompu dans son avancée par le Roublard qui indiqua l’un des gros champignons violets.

 « Ils sont dangereux ! Il doit y avoir un trésor ! » insista-t-il avec ardeur, sans jamais se lasser. Alors, le Paladin, agacé, s’élança dans les escaliers vers les mycètes violets. Le sol se brisa sous ses pieds et il se retrouva dans la mêlée, subissant les assauts répétés de ces curieux champignons : des coups de fouet lacérants, bardés d’épines à la puissante toxine.

 Sans hésiter, le reste du groupe s’élança à la rescousse du guerrier de Torm, sauf le Roublard qui resta à l’arrière. Le Sorcier fut lui aussi atteint par une affliction champignonneuse, mais ensemble, ils parvinrent à pourfendre leurs vils ennemis.

 Malheureusement, ils étaient souffrants : fièvre, douleurs et crampes rendraient leur progression difficile. Le Paladin, alors dans un bon jour, imposa ses mains sur le corps musclé du Sorcier, lui dérobant son mal. Seul lui supporterait désormais l’infection, mais cela ne l’arrêta pas et, avec ses compagnons, il s’enfonça dans la caverne.

 Un nouvel obstacle se dévoila alors : des centaines de chauves-souris se reposaient au plafond de la grotte. Le groupe se devait d’être discret… mais il n’y parvint pas. Une tempête noire se déchaîna alors et certains subirent d’étranges piqûres.

 L’œil vif de l’Éclaireur lui permit de repérer quelques nuisibles, qu’il élimina aussitôt avec son arc. Par la suite, le groupe se retira au mieux des chauves-souris. Aveuglés par ces petites créatures très mignonnes, les aventuriers se retrouvèrent dans une impasse.

Fatigués et blessés, l’idée d’un repos germa dans l’esprit de chacun. Malheureusement, ils durent repasser par le nuage aveuglant de chauves-souris. Cette fois-ci, malmenés par les petites bébêtes trop choupis, ils se perdirent dans les boyaux de la caverne.

 Ainsi, le groupe fut séparé. Le Sorcier se retrouva isolé, tandis que les autres se confrontèrent à un organe plus large, mais au fond duquel résonnait un grognement sourd.

ÉPISODE VII - LE SENS DU DANGER

 Affaibli et séparé, le groupe se retrouvait vulnérable. Au grand jamais il ne s’enfoncerait vers les grognements rauques des profondeurs obscures et moins encore il n’abandonnerait le Sorcier à son sort. Se regrouper restait la priorité mais l’idée de s’extraire de la caverne émergea aussi dans un certain esprit fiévreux.

 Effectivement, le Paladin, affligé de nombreux maux, invoqua par la prière la parole de son dieu. Dans un éclat lumineux perçant les ombres, le poing sacré de Torm lui apparut avec un parchemin sur lequel il put lire : « Wallah, ça pue ici ». 

 Dans un certain élan de panique, il proposa alors de récupérer le Sorcier et de sortir à toute berzingue de ces boyaux maudits pour se ressourcer et revenir plus fort le lendemain… En accord sur l’idée du repos et du regroupement, le point de dissonance résida dans l’endroit.

 Le Roublard, au sens aiguisé, à la capacité de ressentir le danger et les menaces, affirmait avec zèle que dormir dans ce donjon infecté de kobolds restait possible et sans risque. Était-ce la fièvre qui altérait la vision du Paladin ? Peu importait. Dans sa volonté de survie, il décida de s’en aller camper loin d’ici, en sécurité.

 Le reste du groupe se retrouva autour du Sorcier qui était tombé, lui, devant un voile curieux garni de pics. Sans savoir ce qui se cachait derrière, le Sorcier, l’Éclaireur et le Roublard s’installèrent avec l’idée ferme de se reposer malgré le risque.

 QUI DONC !? Je le demande, QUI DONC aurait pu croire qu’au cours de ces longues heures, des kobolds finiraient par surgir et assaillir le petit groupe alors endormi dans un coin humide de la caverne ?

 La lucidité du Sorcier, appuyée par la fourberie du Roublard, permit de berner ces stupides créatures. Ils firent croire qu’ils étaient des membres du culte, usant des informations dérobées lors de leur intrusion quelques jours auparavant. Bien heureusement, cela suffit aux créatures pour les distraire, le temps de s’échapper de la caverne. Le Roublard, dans un éclair ingénieux, fit en sorte de bloquer l’accès aux draconides.

 Finalement, les trois compagnons rejoignirent le Paladin qui, boudeur, s’était caché dans les falaises. Ils purent se retrouver et se reposer convenablement pour repartir à l’assaut de cette caverne.

 L’accueil fut désagréable car, à l’entrée de la grotte, les attendaient alors des kobolds et des drakes. Sans grande difficulté, le groupe se débarrassa des bêtes infâmes, se lançant à la poursuite des lâches kobolds, les traquant grâce à la malédiction de pestilence du Sorcier.

 Ils furent alors guidés vers la grande pièce d’où provenait le grognement la veille. Cette fois revigoré et au complet, le groupe s’élança à l’intérieur avec courage. Le Sorcier se confronta à un piège de coquin : quelques pics dans le sol couverts de maladie et de vilenie. L’un d’eux le poussa à la folie, le faisant frapper avec force son allié le Roublard dans un coup de sang. 

 Une horde de kobolds déferla sur le groupe. Plein de force, l’Éclaireur lâcha une salve létale de plusieurs flèches, suivie d’une danse brutale enchaînant estocade et empalement de la part du Roublard. Enfin, alors que le Sorcier se roulait dans les pics sans réussir à s’en extraire, le Paladin fonça dans la mêlée, prenant quelques coups pour le Roublard et envoyant de violentes frappes dans la masse.

 Le reste de la piétaille se vit réduit en bouillie entre flèches, rapière et chaudron. Mais au fond de la caverne grondaient toujours les grognements rauques.Le reste de la piétaille se vit réduit en bouillie entre flèches, rapière et chaudron. Mais au fond de la caverne grondaient toujours les grognements rauques.

ÉPISODE VIII - IL EST DE RETOUR !!

 La situation sembla maîtrisée. Le Paladin profita de cette accalmie pour administrer quelques soins. Toujours fiévreux, il tituba dans sa démarche, laissant choir alors une potion de destin.

 Alors qu’il déposa délicatement ses mains sur les blessures du Sorcier, ce dernier crut voir un fantôme. La silhouette qui le soignait n’avait rien à voir avec celle du Paladin. Elle apparut plus fine et élancée et elle arborait un accoutrement familier : celui du Maître des Masques.

 Une étrange confusion s’empara du groupe. L’Éclaireur reconnut son sauveur tandis que le Sorcier et le Roublard voyaient là un ami disparu. Mais en réalité, ce n’était que le Paladin, métamorphosé par la potion de destin. Quand celui-ci prit conscience de sa mutation, sans dire un mot, il retira son masque, ses vêtements, son justaucorps noir moulant et ses collants.

 Se révéla alors aux yeux de tous la vérité sur le Maître des Masques. Il s’agissait d’un bel humain aux cheveux blonds, svelte et sur l’instant : nu. La révélation se teinta d’un court malaise avant que le Paladin ne daignât se rhabiller. Ce visage semblait familier, mais personne ne pouvait mettre un nom dessus… Pour le moment, le groupe ignorait l’étendue de cette métamorphose. Le Paladin avait conservé ses pouvoirs, sa force et son ambiguïté ; mais son armure semblait avoir disparu.

 Mais peu importe, il fallait continuer d’explorer et de nettoyer cette caverne. S’aventurant dans la fosse d’où provenaient les grognements, le groupe conserva ses habitudes. Le Paladin devant, suivi de près par le Sorcier tandis qu’à l’arrière restèrent l’Éclaireur et le Roublard comme sentinelles.

 S’enfonçant dans des escaliers métalliques, un drake se révéla en furie, bondissant sur les deux compagnons. Il croqua le Paladin mais reçut une riposte vive de la part du Roublard. Le Drake recula tout en s’agitant, enragé. Soudain, le Sorcier se dressa entre la créature et ses compagnons. Il tendit les mains face au drake et commença à parler avec lui. « Psss, ksss kss, psss psss », dit-il avec assurance. Le drake siffla à son tour en remuant la queue. Cette créature ne souhaitait que manger. Le groupe ne s’éternisa pas, échangea un gros morceau de viande avant de poursuivre son expédition.

 Montant dans les strates de la grotte, poursuivant les traces pestilentielles laissées par le Kobold maudit du dernier épisode, ils parvinrent à une petite pièce. Les tas de paille et peaux de bêtes trahirent un dortoir… mais le chemin continuait vers un boyau plus étroit. Passant au-dessus du nid des chauves-souris toutes pipoux, ils se confrontèrent à une tête familière.

 Une vilaine vipère bleue dont le Paladin avait déjà tâté les écailles : Languederossa. Deux goliaths humains l’accompagnaient de près. La tension se leva et le draconide menaça clairement le petit groupe. Malgré une tentative du Sorcier de calmer les ardeurs de la foule, le combat éclata.

 Le Paladin se lança sur son rival bien que celui-ci ne le reconnût pas du fait de son apparence curieuse. Pendant qu’ils s’échangeaient des coups, les berserkers s’élancèrent en hurlant et bavant sur le reste du groupe.

 Surgit avec élégance et vivacité un bel aigle, lacérant le visage d’un barbare. Le Sorcier, lui, se jeta sur l’un d’eux, mais son manque d’expérience dans le combat le plongea dans une position défavorable. Durant l’échange, l’épaisse hache du berserker sectionna nettement un doigt du Sorcier.

 Le Roublard, lui, profita de la diversion du Sorcier et de l’Aigle pour fendre les airs comme la foudre. Tel un souffle mortel, il caressa la gorge vulnérable de Languederossa, tranchant son artère dans un flot de sang macabre.

 Alors que s’éteignait dans la douleur le draconide, l’un des berserkers chargea l’Éclaireur après avoir brutalement blessé l’aigle. Le Sorcier, lui, dans la panique, éclata une potion sur la tête de son assaillant, laissant apparaître une illusion qui tétanisa une seconde le berserker déchaîné.

 De son côté, saisissant l’opportunité, l’Éclaireur avait décoché une flèche. Celle-ci fendit l’air, passant juste au-dessus du Paladin qui plaquait le berserker qui fondait sur le Nain. Elle siffla dans l’oreille du Sorcier, passant au travers de ses longs cheveux argentés pour se loger entre les deux yeux du berserker qui reprenait à peine ses esprits.

 La dernière menace fut aisément neutralisée dans l’objectif de lui poser quelques questions plus tard. Le groupe découvrit alors une pièce étrange. Sur les murs se dessinaient des formes serpentines couvertes d’écailles sculptées. Des gueules innombrables, terrifiantes ornaient un corps massif.

 Devant le groupe se révéla une fresque rupestre qui représentait Tiamat. À ses pieds, un coffre doré magnifique. Sans défense, scintillant. Sans attendre, l’Éclaireur et le Roublard se jetèrent dessus, tandis que le Sorcier tomba inconscient, relevant l’imparité de son nombre de doigts.

 Alors que les deux avares tentaient d’ouvrir le coffre, un cliquetis curieux résonna et de l’acide se déversa dans la salle. Le Paladin qui venait d’attacher le berserker endormi grogna, l’abandonnant à son sort pour récupérer la dépouille du draconide. Le Roublard et l’Éclaireur récupérèrent le Sorcier et tous parvinrent à s’enfuir à temps… mais pas intacts.

 Certains avaient respiré les toxines et déjà affaiblis par leur combat, ils s’approchaient lentement de la mort. Il fallait absolument se reposer. Provoquant un léger éboulement pour condamner un passage et installant un piège pour surveiller l’autre, le groupe put enfin se reposer pour récupérer.

 Mais dans leur sommeil paisible, le glapissement pénible d’un kobold les réveilla.

ÉPISODE IX - AU FOND DU TROU

   Un couinement sourd accompagné d’un déchirement spongieux mit fin aux glapissements pénibles du Kobold. Le Paladin apparut alors, épongeant sa lame et se mettant à prier au chevet du corps sans vie de Languederossa.

   Le groupe s’était accordé pendant leur court repos d’interroger le draconique. Un acte prolifique qui révéla l’objectif final de la secte : Réincarner Tiamat.

   Stimulé par l’idée de stopper cette hérésie, le groupe poursuivit son exploration de la caverne. Leur pause avait laissé le temps à l’acide de quitter la pièce, laissant derrière lui les corps dissous des barbares. Le coffre devint accessible mais dans leur tentative maladroite, le Roublard et l’Éclaireur ne parvinrent pas à l’ouvrir, brisant la dague du Sorcier dans la serrure, scellant ainsi le coffre. Ce dernier se vit alors emporté dans l’espoir d’être ouvert un jour.

   Les boyaux guidèrent les aventuriers vers une large salle. Surgissant sur une partie en hauteur, le groupe découvrit un gouffre peu profond, parsemé de stalactites et de stalagmites. Des drakes y rôdaient comme dans un enclos mais celui-ci contenait aussi deux œufs de dragons.

   En tête de ligne, le Sorcier et le Paladin s’avancèrent. Ils ne perçurent alors le danger que lorsque des bombes gluantes leur éclatèrent dessus. Au fond de la pièce, au bord d’un creux attendaient des Kobolds sournois. Ces derniers déchaînèrent les flammes sur le Paladin et le Sorcier, alors entravés par la glue. Les flèches et les bombes embrasèrent la substance, maintenant les deux compagnons dans un torrent de flamme.

   Incapable d’éteindre le feu, l’Éclaireur envoya son aigle affronter les kobolds. Le Roublard lui, dans un élan de zèle ou dans une volonté d’en finir avec la vie, plongea dans l’enclos des drake, seul contre tous.

   Les flammes avaient permis au Sorcier et au Paladin de se libérer. Mais le Sorcier fut saisi par la torpeur. Ayant perdu son petit doigt, reniflé des vapeurs acides, contracté la syphilis… il en eut gros sur la patate. Il s’enfuit alors en hurlant, levant les bras.

   Voyant la situation tourner au vinaigre pour son compagnon Roublard, le Paladin ne retint pas le Sorcier, se jetant à son tour dans la fosse. Mais, bien qu’interceptant quelques morsures, le coup de trop projeta le Roublard au pied de la Mort.

   Pendant ce temps, l’Éclaireur et son oiseau commettaient un véritable massacre. L’aigle à lui seul parvint à lacérer les kobolds, arrachant leurs visages et les jetant dans le gouffre. L’Éclaireur lui, profita de la hauteur pour assister le Paladin et ensemble, ils purent neutraliser les derniers drakes. Enfin, revenant peu à peu de son épisode de folie, le Sorcier ressurgit    pour secourir le Roublard.

   La situation apparut maîtrisée, mais au fond de la caverne, quelque chose bougeait. Les aventuriers n’y avaient pas prêté attention du fait de sa forme imitant celle d’une stalagmite à l’exception de la bouche et des tentacules…

   L’Éclaireur en décela la nature, cette chose était un enlaceur. Bien que dangereux, ces créatures restaient neutres et parfois même cordiales. Celle-ci établit le dialogue avec les Aventuriers. Une négociation s’entama puis se conclut sur un accord de non-agression. En échange, elle pourrait se nourrir de tous les corps environnants et des réserves de viandes plus loin dans la caverne. Rapidement, ses tentacules saisirent les corps des drakes avant de les engloutir goulûment. La créature s’en alla ensuite.

   Se posa alors la question des œufs des dragons. Que faire de ces reliques de la nature ? Miracle d’une vie puissante et glorieuse mais aussi dangereuse… Les emporter pour les élever ou les vendre ? Les détruire ? Peu importait. Leur masse écrasante les rendait impossibles à transporter. Les aventuriers les abandonnèrent alors là.

   Enfin, poursuivant leur avancée, ils se confrontèrent à une impasse dans laquelle se trouvait un tapis laid. Légèrement paranoïaque, le groupe l’analysa avec précaution, découvrant une échelle de corde au-dessous. Juste en bas se dévoila une pièce couverte de tapis. Celle-ci fut fouillée de fond en comble. Le Sorcier y découvrit alors des informations essentielles. Une carte de la région montrait des villages rayés. Une flèche pointait alors le nord accompagnée d’une note : « Tout doit être emporté vers Naerytar ».

ÉPISODE X - CE N’EST QU’UN AU REVOIR

   Un couloir au fond du bureau menait à une porte close. L’instinct du Roublard le titilla : une embuscade. Ayant récemment acquis de nouveaux joujoux explosifs, une idée d’une subtilité remarquable vint au groupe.

   S’approchant à pas de loup, le Roublard se colla à la porte. Il l’entrouvrit et aussitôt, y lâcha sa bombe sans oublier de refermer. Bloquant la porte avec le Sorcier, une certaine jubilation conquit les deux Elfes lorsque l’explosion retentit.

   Ils écoutaient attentivement les hurlements de leurs ennemis, lentement consumés par les flammes, suffoquant dans la fumée. Une fois le calme installé, nos HÉROS ouvrirent en grand la porte, contemplant leur crime de guerre. Le Sorcier aperçut des fuyards qu’il ne parvint pas à maudire convenablement, leur permettant de fuir. Les flammes barrant la route, le groupe usa des tapis pour se frayer un chemin.

   Alors que l’Éclaireur et le Paladin s’élancèrent à la poursuite des survivants, le Roublard et le Sorcier pillaient et achevaient les corps carbonisés. Ne trouvant que des babioles et quelques armes, ils progressèrent alors.

   Sur le chemin, après avoir retrouvé le Paladin et l’Éclaireur qui ne purent rattraper les fuyards, ils rencontrèrent un homme dans un état léthargique, somnolent. Après délibération entre les idées de meurtre du Sorcier et de justice du Paladin, la décision finale fut de ramasser ce junkie étrange et de le laisser se faire juger à Verdure.

   Redécouvrant le concept de « soleil », le groupe respira un bon coup. Cette grotte avait été comme une deuxième maison d’enfance, remplie de souvenirs émouvants, d’œufs de dragons et de chair en décomposition.

   Mais avant de quitter définitivement les lieux, ils devaient rendre hommage à un vieil ami. Ils purent retrouver sans mal le Maître des Masques, et Torm, dans sa sainte grâce, lui accorda quelques dernières paroles. Ainsi, ils apprirent la véritable identité de ce beau blond svelte. Il était le prince Adam de l’Aura, parti à l’aventure pour protéger les forêts. Tel était son vœu que respecteraient les aventuriers.

   Le groupe incinéra le corps du Maître et récupéra ses restes dans l’objectif de l’inhumer auprès de son père. Le Roublard hérita de son arc, l’Éclaireur, pour honorer son sauveur, récupéra le masque héroïque. Le Sorcier, lui, porterait ses cendres jusqu’à son tombeau.

   Enfin, ils purent dire adieu à cette grotte. De retour à Verdure, on leur confia un cheval de voyage chacun pour se rendre à Elturel. Il fallait garder leur objectif en vue. Voyageant quelques jours sans encombre, une fois en ville, le groupe, porté par le désir d’accomplir sa mission, se rendit à l’auberge de la paire de panaches noires. On leur transmit qu’Ontar Krum adorait cet endroit.

   Un manque de connaissance étymologique suggéra au Sorcier, Roublard et Éclaireur que les paladins de Torm partageaient une certaine lubricité. Le Paladin, choqué de ces accusations, rétorqua : premièrement, il était obligé de toucher les gens pour soigner. Secondement, les « panaches » désignaient des bois de cerf. Les Paladins de Torm n’étaient guidés que par le devoir et l’ordre !

   Ils retrouvèrent Ontar Krum, chope en main dans un concours de boisson. Bien évidemment, chaque membre y participa. Très vite, l’Éclaireur, le Roublard, le Sorcier et Ontar lui-même finirent complètement ivres. Seul le Paladin vagabond, qui avait connu la rue, la vraie, resta sobre, se noyant usuellement dans des tord-boyaux moins sophistiqués.

   Le lendemain fut un réveil difficile, et malgré la personnalité fêtarde d’Ontar Krum, ce dernier leur apparut sérieux. Il adressa un discours reconnaissant aux aventuriers à la fin duquel il leur proposa de rejoindre l’ordre du gantelet ou les ménestrels. Des organisations aux avantages divers et à la structure nuancée. Sur ces mots, il rappela l’importance de leur mission et de leur rôle avant de les laisser réfléchir sur la suite des événements.

ÉPISODE XI - SHOPPING

   Ontar et Leocin confièrent aux aventuriers le détail de leur plan. Ils aspiraient à intercepter les membres du culte, non pas pour les punir ou les massacrer, mais pour les suivre et découvrir les enjeux autour du Château de Naerytar.

   Ils savaient que le culte devrait passer par la Porte de Baldur. L’opération reposerait alors sur un plan simple : infiltrer une caravane marchande pour suivre subtilement la progression du culte. Pour cela, le groupe devait embarquer sur le fleuve au plus vite vers la Porte de Baldur. Là-bas, un certain Sélebon Ackyn attendrait leur arrivée pour leur offrir la couverture idéale : des escortes.

   Mais pour le groupe, il était temps avant tout de faire du shopping. Profitant allègrement des avantages proposés par Ontar et Leocin, le Roublard hérita d’un gambison en cuir et d’une nouvelle rapière. Une arme qu’acquit aussi l’Éclaireur, démuni jusqu’alors au corps à corps. Le Paladin, lui, commanda une armure de plaque entièrement payée par l’ordre et le Sorcier demanda un élément essentiel à son attirail surnaturel : une targe.

   L’expédition dans la caverne et la perte de son petit doigt l’avaient marqué. Il se rasa ses cheveux argentés, se tatoua le crâne avec d’étranges motifs encrés et se balada dans la ville d’Elturel, potion en main, en maudissant les marchands afin de leur soutirer leurs sous.

   Ignorant les manigances de son compagnon, le Paladin le laissa gérer les transactions, tandis que le Sorcier accumulait un beau paquet d’or mal acquis. Néanmoins, les autres marchands commencèrent à sentir l’arnaque venir et bientôt, les regards mauvais se tournèrent sur le groupe.

   Cette petite tournée leur permit notamment d’enfin ouvrir le coffre mystérieux de la caverne. Des perles, des gemmes et pierres précieuses le remplissaient. Mais rien ne fut vendu. Le groupe étant désormais mal perçu par le corps marchand à cause du Sorcier et de ses méthodes douteuses, la peur de l’arnaque était trop forte.

   Le lendemain matin, le groupe embarqua avec excitation. Le Sorcier et le Paladin découvrirent le voyage par l’eau et le Roublard son émétophobie. Ils dévalèrent vite le fleuve, dans un concert de nausées et de vomissements.

   Enfin, ils arrivèrent à la Porte de Baldur et sans plus attendre, ils retrouvèrent à Porte Noire ce fameux Sélebon. Par une approche habile, ils purent obtenir leur poste. Ils rencontrèrent le marchand sous leur protection, charmant et poli. Mais ils remarquèrent aussi très vite des membres de la secte.

   Le convoi amorça son départ, annonçant le début d’un grand voyage.

ÉPISODE XII - LE CERFOURASSE

   La caravane amorça son chemin vers Eaux-Profondes. Chaque semaine de voyage profiterait d’un jour de repos bien mérité. Le convoi accueillait tout type de personnage de tout horizon.

   Sur leurs gardes, l’Éclaireur et le Roublard rôdaient. Mais, à force de fixer trop attentivement chaque déplacement, leur attitude parut suspecte. Surtout chez l’Éclaireur qui n’agissait pas aussi subtilement que le Roublard.

   Pendant ce temps, le Sorcier tenta de nouer des liens avec quelques membres du convoi. Il rencontra notamment une naine au nom sans doute trop compliqué pour mériter une mention.

   Le Paladin, lui, tenta de présenter les tenants et aboutissants de son culte. Il attira un bon nombre de personnes, curieuses de voir ce prétendu miracle. Mais alors qu’il promit la réalisation de celui-ci, rien ne se produisit. Il fut alors classé dans la case des charlatans illuminés.

   Au septième jour, alors que le convoi était à l’arrêt, une apparition surnaturelle engendra une vive réaction. Un cerf, à la fourrure d’or et aux bois majestueux, apparut dans les collines dans une lumière céleste.

   Une chasse s’amorça alors. Tous se précipitèrent à la poursuite de la bête qui ne se laissa pas attraper si facilement. Consultant leurs dieux pour savoir quelle démarche adopter envers cette créature, l’Éclaireur et le Paladin furent missionnés de participer à la traque.

   Le Roublard resta en arrière pour surveiller le moindre mouvement suspect. Pendant ce temps, le reste du groupe se perdait entre fausses pistes et confusion. Le Sorcier se retrouva avec un groupe d’inconnus tandis que de leur côté, le Paladin et l’Éclaireur parvinrent à pister et coincer le cerf.

   Prêts à l’abattre de la manière la plus graphique et violente possible, l’animal se mit soudain à parler. Tout d’abord en une langue inconnue. Puis en Elfique, qu’aucun ne connaissait malheureusement, ne parlant que le commun et le nanique. Difficilement, le cerf articula quelques paroles en commun : « Suivez la rivière dorée jusqu’au château dans le ciel, tous ne survivront pas. »

   Tel un mirage, il s’évanouit dans la lumière laissant derrière lui l’étonnement certain de nos deux compagnons mais surtout : un arc.

   Regagnant la caravane, vainqueurs de la chasse, l’Éclaireur et le Paladin racontèrent à leurs amis l’étrange phénomène. Ils rapportèrent l’énigme du Cerf Fourasse et décrivirent les alentours du lieu de sa volatilisation. Le Sorcier, saisi par un éclair de lucidité, proposa d’aller investiguer plus en profondeur les ruines et d’user de l’arc peut-être comme une clé de cette énigme.

   Le Roublard accompagna cette fois le groupe et une fois là-bas débuta une suite d’expérimentations. L’Éclaireur tira sur les pierres des ruines, sur des arbres, banda l’arc sans flèche mais rien. Même le guide détaillé des ruines des environs d’Eaux-Profondes et de la Porte de Baldur ne donna aucun indice au groupe.

   Mais soudain ! Une flèche rebondit mollement sur la lourde armure de plaque du Paladin. Trois fieffés salauds avaient suivi la troupe pour les racketter sauvagement.

   L’un, maudit par le Sorcier, s’enfuit, désormais phobique des épées. Un autre reçut une flèche dans la cuisse, test non létal pour éprouver le nouvel arc de l’Éclaireur. L’autre vit son flanc tailladé par la pointe habile du Roublard, et très rapidement, sa clavicule rejoindre son bassin, sous l’épée du Paladin.

   Alors que le Sorcier proposait de nouvelles expérimentations, l’Éclaireur lui répondit directement dans l’esprit, sans ouvrir les lèvres. Émerveillés par cette découverte télépathique, le groupe en oublia leur dernière victime qui s’enfuit, terrorisée.

   Après une petite dizaine de tests, le constat fut établi : l’arc permettait de communiquer par la pensée, tout du moins à celui qui le tenait.

   Se redirigeant vers la caravane comme si de rien n’était, les aventuriers semblaient avoir déjà oublié le meurtre brutal qu’ils venaient de commettre. Après tout, ils avaient un arc télépathique à tester.

ÉPISODE XIII - LES FOUS DE LA CARAVANE

   L’ambiance à la caravane s’était alourdie. On lançait des regards en coin aux aventuriers qui se trimballaient librement, un cadavre à l’épaule. Remarquant le malaise ambiant, il fut décidé d’enterrer et d’oublier cet épisode. Malheureusement, la réputation du groupe, malgré les justifications maladroites du Sorcier, s’était grandement ternie. Ils appartenaient maintenant à la catégorie des fous de la caravane.

   Le Sorcier et l’Éclaireur réfléchissaient à des plans pour se racheter, repeindre leur sombre portrait. Pendant ce temps, le Roublard, lui, gardait la véritable mission en tête : récolter des informations sur les cultistes.

   Son plan qu’il imaginait silencieusement depuis des jours trouva son aboutissement dans la passion du Nain Éclaireur pour les potions du Sorcier. L’un des élixirs le métamorphosa en une copie conforme du Roublard, cet elfe charmant aux cheveux d’argent soyeux.

   Ainsi, le Roublard décrivit son plan au groupe : il fallait créer une diversion dans laquelle son clone serait le centre de l’attention. Pendant ce temps, grâce au stock d’alcool maison du Paladin, il glisserait quelques fioles d’alcool dans la caisse d’un marchand innocent, qu’il accuserait ensuite d’avoir provoqué l’incendie qu’il allait lui-même déclencher.

   L’objectif était de créer un effet de panique dont il ne pourrait être l’origine pour infiltrer les chariots des cultistes.

   Il fut établi que la diversion originelle serait un conflit salé entre l’Éclaireur déguisé et le Sorcier chauve. Cette première phase se déroula sans accroc, le soir du repas. Tous rentrèrent alors insouciants et divertis par le combat des fous de la caravane.

   Le lendemain, le groupe se confronta à un chariot arrêté sur la route, renversé. S’y précipitant pour apporter leur secours, ils firent la rencontre de quelques arbalétriers appelant à l’aide. Des Hobgobelins avaient embusqué la cargaison et attendaient la moindre fenêtre pour attaquer.

   Ne voyant que le devoir et guidés par la bienveillance et non le potentiel de faire leurs preuves aux membres du convoi et de regagner en popularité, les aventuriers se dressèrent contre les viles créatures.

   Bien que le Sorcier tentât de se figurer les causes déterminantes des actions répréhensibles de ces individus marginalisés, le Paladin, lui, amorça une charge tout en les insultant en nanique.

   S’engagea un affrontement à sens unique, en quatre contre sept. Les Hobgobelins apparurent nus à l’exception de leur chef, renforçant le côté pauvre et vulnérable de ces populations. Mais cela n’empêcha pas le Roublard de trancher dans le vif. Le Paladin, lui, concentra ses dons divins pour paralyser une des cibles et faciliter le combat. Le Sorcier enfila sa fursuit et déchira avec violence les chairs de ses ennemis.

   Très vite ne resta qu’un unique Hobgobelin. L’Éclaireur tira alors une flèche mais un carreau d’arbalète vint achever la créature juste avant, dérobant toute la gloire et le succès. Au sol, paralysé, ne restait qu’un Hobgobelin vulnérable…

ÉPISODE XIV - LE NUDISME

   Un véritable massacre. Après quelques tentatives de tirer quelque chose du Hobgobelin acculé, le Paladin, par miséricorde, l’acheva. Il s’en alla ensuite apporter des soins aux victimes de l’assaut avec l’aide de l’Éclaireur.

   Néanmoins, ces pauvres bougres se retrouvaient dans une situation pénible. Leur chariot ravagé et leurs chevaux morts, ils ne pouvaient plus avancer. Le groupe céda alors un cheval généreusement et leur proposa de rejoindre la caravane.

   La nuit tombant, le groupe n’oublia pas sa mission. Prévoyant de récolter des informations sur les cultistes, un nouveau plan se substitua à celui du Roublard qui sembla finalement trop dangereux.

   Après leur repérage et des heures de réflexions intenses, le groupe s’accorda sur le déroulement de la manigance.

   Le Paladin embrigaderait les gardes non cultistes autour des caravanes pour s’attrouper autour du feu et boire un peu de bière naine. Pendant ce temps, caché dans les fourrés, le Sorcier se préparerait à lancer une malédiction de peur : une phobie du vêtement déclenchant la fuite insensée d’un garde cultiste qui focaliserait l’attention de ses confrères. Enfin, le Roublard se faufilerait subtilement dans le chariot pour fouiller et subtiliser au passage quelques richesses. Se tenant en renfort, l’Éclaireur en sentinelle préviendrait par un sifflement ou un signe le retour des gardes.

   Un plan parfait, subtil, sans conséquence. Le Paladin parvint sans mal à rameuter les troupes. Le Sorcier invoqua sans mal sa malédiction mais alors, le Roublard s’élança tel une ombre, intercepta la malédiction et ce fut lui qui fut frappé de la phobie.

   Il hurla alors de peur, terrorisé par ses habits. Courant dans tous les sens, arrachant ses vêtements devant les cultistes, il sema une confusion intense. Un plan B s’improvisa, l’Éclaireur devait se faufiler.

   Pendant que le Roublard se dénuda en hurlant dans les bois, révélant ses atours à tous ceux qui l’observaient, l’Éclaireur parvint à pénétrer la caravane. Mais il n’y trouva rien. Seulement les butins pillés dont il récupéra quelques joyaux subtilement avant de disparaître aussi vite que possible.

   Le lendemain autour du feu, un silence lourd accapara le groupe. Mais alors s’élevèrent les cris d’un noble. Celui-ci furieux, pesta contre ses pauvres chevaux, épuisés et maltraités. Il proposa alors aux aventuriers de racheter l’un de leurs chevaux.

   Tendus par l’audace et le sadisme de ce fieffé bourgeois, le groupe refusa sèchement. L’interprétant comme une agression, le noble se mit à aboyer dans tous les sens, poussant le Sorcier à maudire au silence. Le Paladin parvint à convaincre les gardes de le laisser soigner les chevaux, mais il ne repoussa que de quelques heures l’inévitable.

   Le jour d’après, un cheval agonisait, amaigri et lacéré. Le groupe acheva la pauvre bête et nota dans leur carnet le nom de l’hautain pervers : Nyerhite Verther.

ÉPISODE XV - DÉGRINGOLADE

   Cela faisait maintenant une bonne dizaine de jours de voyage. Dans peu de temps, le convoi atteindrait une auberge, annonce d’une nuit confortable. Mais les obstacles ne cessèrent de se présenter.

   Sous un ciel gris, dans un paysage maussade, la caravane découvrit sur le chemin d’étranges champignons. Gonflés, semblables à des vesses-de-loup, leur présence au départ intrigante se révéla très vite oppressante. Les chariots s’arrêtèrent alors car, sur le chemin et tout autour se dressaient des colonies de champignons s’étendant jusqu’à perte de vue.

   L’Éclaireur identifia leur nature impropre à la consommation, et mis à part ce point crucial, leurs spores et leurs chairs ne représentaient aucune menace. Le Paladin et le Sorcier entreprirent de déblayer le chemin. Mais à chaque éclatement retentissait un cri déchirant, lugubre qui déstabilisa la caravane et accentuait les idées noires qui rôdaient dans leur tête.

   Finalement, de par les efforts de la troupe, le convoi put avancer. Un marchand, admiratif, s’en alla quérir le Paladin dans l’objectif de lui racheter son épée. Ce dernier refusa, mais le marchand insista, longuement, sans jamais se lasser. L’envoyant paître poliment en fin de soirée, le Paladin s’endormit paisiblement.

   Le lendemain alors, son épée avait disparu. Un suspect ressortait clairement, et le Paladin s’en alla l’interroger. N’apparaissant pas coupable, le groupe se concerta au sujet du vol. Le Roublard proposa alors d’user du trésor de la caverne comme appât pour tromper le voleur qui rôdait dans ce convoi.

   Gardant en tête d’exécuter ce plan, le groupe atteignit finalement l’auberge. Surprenamment, l’aubergiste annonça que toutes les chambres et toutes les tables étaient réservées. Quatre garçons, dans un coin de la pièce, se moquaient ouvertement.

   Le groupe les interrogea, tenta de les convaincre, mais ne voyant aucune solution autre que la violence, se résigna à camper dehors. Mais la pression des membres de la caravane redressa la malice des mauvais hommes qui lâchèrent alors les chambres et les tables.

   Aucun voleur ne se manifesta en cette bonne nuit malgré le piège tendu. Le Roublard resta alerte le plus possible, ne profitant que trop peu de ce repos précieux.

   Au petit matin, des voyageurs rejoignirent la caravane. Ils contaient des histoires emplies de vantardises. Ignorant ou s’en moquant gentiment, les aventuriers n’interagirent pas plus avec eux.

   La nuit tomba bien vite à mesure que le convoi progressait. Cette fois, tous participeraient à la quête du voleur qui, entre les chariots, se baladait. Mais quand ce fut le tour du Roublard, épuisé par tant d’efforts, il s’endormit profondément.

   Un râle sanglant réveilla les autres membres du groupe. Un cultiste encapuchonné avait égorgé leur sentinelle. Le Sorcier et l’Éclaireur s’élancèrent pour pourfendre l’assaillant tandis que le Paladin se jeta sur son ami pour lui porter secours. Quelques coups de griffes, de bec et de nain ainsi qu’une habile imposition des mains, et la situation fut contenue.

   Malheureusement, dans sa charge, l’Éclaireur avait broyé ce qu’il restait du cultiste. Mais une nouvelle le ravit, celle que ce vilain était celui qui l’avait molesté durant sa captivité.

   Le groupe, cette fois-ci, ne voulut pas apparaître comme suspect ou malveillant. Ils firent alors un scandale, réveillant toute la caravane pour prévenir.

   Sans s’en rendre compte, le climat moyennement stable du convoi laissait peu à peu place à une tension fragile, prête à éclater. La nuit se passa dans la méfiance et l’inquiétude.

   Le lendemain, une mauvaise nouvelle tomba. Les nouveaux vantards volèrent le poste de garde qu’occupaient les aventuriers. Malgré tout, le groupe vit là une occasion d’être plus libre dans leurs mouvements, à l’exception du Paladin qui s’était attaché à sa couverture, ayant peut-être même oublié sa mission originelle.

   À peine roulèrent les roulottes qu’un mauvais présage dessina des cercles dans le ciel. Deux volatiles à la tête de cerf suivaient le convoi. Leur intention restait trouble et une inquiétude grandissait à chaque instant dans la caravane.

ÉPISODE XVI - PRISE DE TÊTES

Un long débat anima le groupe au sujet de ces Perytons. Les oiseaux à tête de cerf s’imposèrent pendant trop de temps avant que finalement, entre l’idée d’un massacre pur et simple ou encore des plans rocambolesques incluant de la télépathie par arc, il fut décidé de simplement les chasser en usant des capacités parfumées du Nain Éclaireur.

Il ne restait que trois jours avant d’atteindre le Guet de la Dague. Entre temps, un étrange sorcier malveillant se joignit aux cultistes. Il se révéla être un Thayen, individu d’une malfaisance rare dont il fallait se méfier.

Sans emploi officiel depuis quelques jours, le groupe voguait à des occupations diverses, une forme de détente. Le Paladin accomplissait sa pénitence avec panache, le Roublard courtisait les demoiselles et damoiseaux, le Sorcier continuait à tisser des liens et concocter des potions tandis que l’Éclaireur restait constant dans sa folie et ses troubles sociaux.

Mais soudain, un cri. À la coche de l’ancien employeur du groupe, des phoques-puces obèses accompagnés d’araignées géantes enlevaient de force un cheval vers les profondeurs des bois.

Sans attendre, le groupe s’élança héroïquement à la poursuite des chevaux-nappeurs en tentant de motiver leurs remplaçants. Mais ces derniers s’enfuirent et disparurent.

Le groupe parvint sans mal à récupérer le destrier apeuré, et le Sorcier, en discutant avec lui, se lia d’une amitié forte ou peut-être plus si affinité…

De retour à la caravane, le Marchand se retrouva bien attristé du départ précipité de ses nouveaux gardes, mais dans sa bonté immense, le Sorcier proposa un échange de cheval et accepta de se faire embaucher à nouveau contre le salaire convenu. L’Éclaireur suivit cette démarche mais le Roublard rancunier ne rejoignit pas sa garde rapprochée.

La route reprit alors paisiblement mais soudain, une tête !

Plantée dans le sol, immobile, au milieu du chemin, un homme agonisait avec sur le front les mots : « brise‑serment ».

Le Paladin et la plupart des individus détenant un cœur décidèrent de déterrer le pauvre homme. Peu importait sa supposée trahison, faire justice ainsi ne rentrait pas vraiment dans l’idée de la moralité. S’il s’agissait d’un criminel, ils l’escorteraient jusqu’à la ville la plus proche pour qu’il y subisse une sanction appropriée.

Néanmoins, le Roublard et quelques autres considérèrent la situation autrement, ne voulant pas prendre un quelconque risque face à un individu assoiffé, affamé et en pagne enterré dans le sol.

Le bien triompha, révélant alors un supposé membre des ménestrels. Il en portait le symbole dans la chair, tatoué à l’encre noire. Bien qu’il affirmât qu’il s’agissait « d’une blague entre amis », personne n’y crut réellement. Le Roublard et le Paladin le ramenèrent à leur ami Sorcier, lui aussi ménestrel depuis peu. Il révéla, à la surprise de tous, qu’il appartenait bel et bien à l’ordre vagabond et que sa couverture dans la caravane précédente n’avait pas tenue long feu. Le Sorcier lui trouva quelques vêtements propres et le rassura avec bienveillance.

Enfin, la caravane atteignit le Guet de la Dague. Mais il n’y resterait qu’un jour et une nuit…

ÉPISODE XVII - JEANNE AU SECOURS

   C’est dans la taverne de la Rivière Étincelante que les convoyeurs posèrent enfin leurs affaires. Un repos bien mérité après tant de péripéties. La matinée qui suivit fut douce et sans obligation : quelques emplettes, quelques flâneries, avant de se rendre au point de rendez-vous qu’avait indiqué le Ménestrel Cul-nu — un certain Carlon Amoffel.

   Celui-ci connaissait un dénommé Sarlon Cœurdechêne, serveur à la taverne de la Crue d’Argent. Le groupe s’y rendit ensemble, mais ce fut le Sorcier qui mena la danse, arrangeant avec aisance un rendez-vous en tête à tête pour le soir même.

   Il restait du temps à occuper. L’Éclaireur et le Roublard se chargèrent donc de surveiller « discrètement » le Thayen suspect, profitant de son tout nouveau pouvoir de ratamorphose, le Sorcier les suivit. Le plan était simple : épier depuis la fenêtre, s’infiltrer en cas d’absence, et dérober ce qui méritait de l’être.

   Le Nain identifia la bonne chambre — du moins, il l’affirmait avec conviction. Le Roublard escalada la façade sans difficulté et se glissa à l’intérieur. La pièce était vide. Un lit, une petite valise. Dans la précipitation, il fouilla les affaires du sorcier et tomba sur des vêtements de petite taille. Perplexe devant cette découverte aussi décevante qu’énigmatique, il ne remarqua pas qu’un marchand nain venait d’entrer dans la pièce.

   La suite fut expéditive. L’Elfe, pris en flagrant délit, plaqua l’homme contre le mur, une dague sous la gorge et la main sur la bouche. Il lui murmura des menaces si terrifiantes que le malheureux perdit le contrôle de l’ensemble de ses fonctions digestives. Convaincu d’avoir suffisamment marqué les esprits sans avoir à verser le sang, le Roublard bondit par la fenêtre. Ce n’était manifestement pas la bonne chambre.

   Pour ne pas reproduire l’erreur, il fut décidé d’envoyer l’Oiseau en éclaireur. Nugget localisa le Thayen sans peine, assis dans sa chambre, plongé dans la lecture d’un ouvrage à la couverture suggestive. En quelques secondes à peine, un rayon d’énergie faillit réduire le volatile en cendres. Le Nain rappela son oiseau. L’Éclaireur et le Roublard commencèrent à se disputer. C’est à ce moment que le Sorcier Rouge aperçut leur petite querelle sous sa fenêtre et que le groupe prit ses jambes à son cou.

   Le soir venu, le Sorcier retrouva ses pairs ménestrels. Ses compagnons montaient discrètement la garde aux alentours, au cas où. Le rapport fut complet, les événements exposés avec soin — mais Sarlon Cœurdechêne n’avait rien à offrir en retour. Le rancard se conclut alors bien vite.

   Avant de dormir, le Paladin, inquiété par l’échec de l’infiltration de ses compagnons et absolument pas motivé par ses fantasmes personnels, proposa au groupe de se reposer dans sa chambre. Son sanctuaire protégerait le groupe de toutes intentions malicieuses.    Au matin, la route reprit vers Eaux Profondes. Le Roublard décrivait la ville comme la rue, la vraie — ce qui justifiait, selon lui, une prudence accrue. Le petit déjeuner se prenait tranquillement quand une gnome surgit, s’empara du bol de l’Éclaireur, plongea les doigts dedans et en retira une boulette blanche : un piège mortel, dissimulé là sans crier gare.

   La gnome, qui voyageait dans le sillage du Thayen, menait visiblement la même enquête que les aventuriers sur les cultistes. Le Paladin l’avait déjà confrontée, sans succès ; elle avait évité le groupe depuis, jusqu’à ce geste. Elle se nommait Janma Lundargent et proposa un échange d’informations pour le soir même. Le Roublard, lui, nourrissait déjà une rancœur tenace pour la gnome, qui venait de gâcher son petit déjeuner.

   Durant le voyage, le Sorcier s’aventura sous forme de rat parmi les cultistes. Mais son comportement éveilla les soupçons. Il reçut un coup de pied vigoureux et détala en couinant.

   Le rendez-vous du soir se tint à la lueur d’une torche, derrière une tente. Le Paladin et le Sorcier jouèrent le jeu de l’échange ; le Roublard, lui, observa en silence, certain de la fourberie de cette gnome qui, effectivement, n’avait RIEN à dire. Janma promit néanmoins de poursuivre ses recherches et de les avertir en cas de découverte. Le groupe repartit avec la désagréable sensation de s’être fait avoir.

XVIII - PROFONDEAU

Car au matin d’un des jours du voyage : un mort !

La nuit, du sang s’écoula à profusion.

Et dans le coche manquait marchandise et or.

Les cultistes victimes de l’agression
Accusèrent sans honte ni même remords
Les aventuriers sans considération.

Mais pourtant ils s’opposèrent avec effort
À tout soutien et toute investigation.

Étranges, suspects ils apparurent, alors
On enterra l’affaire avec discrétion
Mais dans le convoi, le vilain rôdait encore.

Le groupe passa la nuit à l’inspection
Sauf le paladin se reposant tel un mort
Subissant les effets d’une concoction.

À Eau profonde arrivèrent les chariots
On remercia alors les aventuriers
Qui avaient lutté contre tellement de maux.

Mais leur véritable quête se poursuivait
Ils talonnaient les vils jusqu’à un entrepôt,
Qui, une fois leurs marchandises déposées
Se dispersèrent dans tavernes et bistros.

Les aventuriers alors, furent très tentés
De farfouiller dans le butin des chariots
Mais malgré un plan solidement ficelé
Impossible d’entrer au sein de l’entrepôt.

À la place ils purent un travail retrouver
Pour couvrir leur chemin vers le fameux château.

Ce n’est que bien plus tard qu’arriva le Sorcier
Qui s’était perdu dans la foule bien plus tôt
Découvrant un repère de ses alliés.

Il voulut tout de même reprendre un boulot
Opta pour garde plutôt que simple ouvrier.

Il voulut briller, apparaître sans défaut.

Il maudit donc le recruteur pour lui montrer
Ses compétences sans user du moindre mot
Le recruteur se sentit alors agressé
Et menaça d’en faire tout un numéro.

Tentant de négocier et de s’excuser
Le recruteur proposa un scénario
Dans lequel faible serait la paie du Sorcier.

Les aventuriers purent donc se reposer
Faire quelques achats dans cette grande ville
Et de toute leur richesse se délester
Pour mieux combattre ce culte des gros reptiles

ÉPISODE XIX - TUONS DES INNOCENTS

   Il fut temps de reprendre la route. Le voyage se déroula sans encombres et dès leur arrivé les aventuriers se mirent au travail, le nain surtout. Celui-ci devait ranger des caisses sous les ordres d’un demi Orc : Bog Luck. Pendant ce temps, sous leur couverture de gardes, le reste du groupe glana des informations. Le sorcier obtint les détails de l’histoire de ce chantier. Il apprit que les travaux étaient de l’initiative du Seigneur Pas-de-Braises qui – après la reconquête de Pas-d’Hiver – suite à l’éveil d’un primordial ayant provoqué une éruption devastatrice – décida de reconstruire la route pour relancer les affaires. 

   Enrichit par tant de savoir, le Sorcier s’en allant siffler ses sous aux jeux laissant la soirée doucement s’éteindre. Dans la nuit, le Roublard se faufila dans l’entrepôt du relais de Tarnak. Il parvint subtilement, comme une ombre à se glisser dans l’arrière réserve, verrouiller et inaccessible par aucune âme jusqu’alors… à l’exception de Bog Luck. Là bas, il remarqua des caisses marquées d’un symbole abstrait, en ouvrant l’une d’elle, il découvrit nombreuses richesses… Ces ressources appartenaient sans doute aux cultistes qui avaient dérober cela durant leurs raids. N’écoutant que son cœur en or, il tenta de prendre le maximum possible sans doute dans l’objectif de restituer ces richesses perdues. Mais alors, d’une trappe surgit un homme lézard.


   Le regard héroïque du Roublard plongea dans celui de l’intrus. Ils s’observèrent ainsi pendant quelques secondes, ardemment. Guidé par la fougue, le Roublard brandit sa lame et pénétra avec finesse l’homme lézard qui gaint avant de choir dans les escaliers. Il s’aperçu qu’une petite armée l’attendait derrière, alors il déversa une substance visqueuse et épaisse qui pourrait les retenir un temps, suffisamment pour qu’il puisse s’échapper. 


   Cette fois, il se fit attraper, à sortir de la réserve. Faignant un besoin urgent, le garde le laissa repartir en l’avertissant qu’ils devront discuter demain avec le contre maître. Le Roublard retrouva alors ses compagnons qui remarquèrent de la lumière et de l’agitation dans la bâtisse du contre maître. Pour le Paladin tout était clair. Un complot Judéorque et Tiamatiste, dans l’objectif de contrôler les routes et le monde. Il fallait fuir ou tuer tout le monde ! 


   La fuite discrète fut entreprise, mais l’armure de plaque et le chaudron du sorcier attirèrent l’attention de la garde et du demi orque qui venait d’entrer dans le bâtiment. Mais alors que les gardes s’approchèrent pour attacher les aventuriers, le Paladin, leva son arme et frappa. Se lança alors un combat sanglant. Les gardes et le demi Orque frappaient avec vigueur, déchirant les chairs, broyant les os des aventuriers. Ceux-ci riposter avec hargne, caressant les joues de leurs assaillants, leur adressant des petits regards mignons. 

   L’Éclaireur, qui dormait dans un dortoir d’ouvrier et non de garde, rêvait avec douceur. Un champ doré, une étendue claire ou le vent caressait sa barbe. Son oiseau jouait avec lui, des étoiles dans les yeux. Ils se roulaient dans l’herbe. Mais alors que l’Aigle se pencha au-dessus de l’Éclaireur, il se mit à parler d’un murmure inquiétant. Se réveillant en sursaut, il vit Janma, la Gnome qui s’était enfuie pour prévenir l’Éclaireur du combat qui avait lieu. Il se leva, s’étira, pris un petit déjeuner puis surgit hors du dortoir, arc bandé. Il décocha trois flèches et acheva chaque ennemi. Il retrouva alors ses amis. Le Roublard enroulé dans sa propre cape, le sorcier griffes sortit, feulant comme un chat apeuré, et le Paladin tout moite, les joues rouges.

ÉPISODE XX - ADIEU JEANNE

   Après le massacre, le groupe se mit à élaborer des plans : interroger l’orque grâce à ses pouvoirs, faire accuser les hommes lézards du crime ou bien aller explorer le tunnel d’où venaient ces vils reptiles. Le choix se porta sur la dernière option. Après une longue marche, ils arrivèrent dans les broussailles d’un marécage. Remarquant un camp juste à côté, il fut convenu de se faire discret et de suivre les potentielles traces qui pourraient mener à Nerytar.

   À voguer longuement dans le marais, le groupe finit par se faire embusquer par une escouade d’hommes lézards. Malgré quelques frayeurs qui manquèrent d’emporter le roublard dans la tombe, le groupe parvint à vaincre les vilains et même à en capturer un pour l’interroger. Ne parlant pas la langue, l’éclaireur se rappela d’un livre qu’il détenait sur les langues exotiques de Faerûn. Mais malheureusement, à part des supplications, l’homme lézard, alors suspendu à l’envers comme un jambon, ne se révéla d’aucune utilité. Alors que le paladin s’apprêtait à détacher leur prisonnier, l’éclaireur le mit à mort d’un coup de dague dans la gorge. Le reptile agonisa donc lentement dans des gargouillis sanglants.

   Le sorcier dissimula habilement les corps dans les fourrés tandis que Janma lançait des regards dubitatifs aux membres du groupe. Le groupe progressa alors et tomba sur une sorte de camp au bord de l’eau. Abri, pirogue et appentis en bois, tout ce qu’il fallait pour se reposer et plus tard naviguer. Le roublard laissa le groupe se prélasser pour aller quérir quelques victuailles. Mais sur le chemin, il rencontra cinq étranges individus. Ces derniers tentèrent de le saisir mais, habilement, il parvint à prévenir de son enlèvement. S’ensuivit alors un nouveau massacre, menant à la fuite des derniers survivants.

   Après s’être reposés entre deux génocides, les aventuriers amorcèrent leur navigation en pirogue. Chacun se répartit en deux pirogues au cas où l’une aurait un problème. Suivant d’étranges totems accrochés aux arbres, ils finirent par tomber sur des hommes serpents. Ceux-ci bandèrent immédiatement leurs armes contre les aventuriers mais l’un d’entre eux sembla ouvert à la conversation. Au fil de la discussion, durant laquelle les aventuriers tentèrent de trouver un équilibre, Janma révéla sa véritable identité. Traîtresse depuis le début, elle sema le trouble entre humains et lézards avant de s’enfuir dans le marécage. Le roublard, dans un élan de bravoure, tenta d’abattre la vipère mais elle glissa entre ses doigts.

   Finalement, ils purent trouver un arrangement avec les hommes serpents. Ensemble, ils attaqueraient le château Nerytar pour exterminer les batraciens et le culte du Dragon. Mais avant, le groupe devait se préparer. Le sorcier en profita pour tester quelques potions dont une qui sembla lui donner l’aptitude de respirer sous l’eau, tandis qu’une autre enraga sévèrement le roublard contre ces hommes crapauds supposément au service du culte. Fort de leurs nouveaux alliés, Presse-Gueule et Zac, le groupe était maintenant prêt à aller affronter le château de Nerytar.